Mon premier zéro (récit d’un adulte)
Mon premier zéro (témoignage)
Un jour, alors que j’étais de très bonne humeur, le cours de français débuta. La maîtresse annonça :
- Aujourd’hui je vous rends votre dictée.
Il y eut beaucoup de soupirs et mon voisin me chuchota :
- Je vais avoir un très mauvaise note.
Je répondis :
- Moi aussi.
La maîtresse nous appela à tour de rôle, et de la note la plus haute à la note la plus basse. Quand ce fut mon tour, en dernier, elle me gronda :
- Jacques, franchement tu exagères. Déjà à la dernière dictée, tu as eu un sur vingt.
Elle me tendit la feuille et je regardai le gros zéro qui, j’eus l’impression, remplissait toute la feuille. Je retournai à ma place, pleurant en songe, mon ami me consola avec beaucoup de mal car, lui aussi, avait eu une mauvaise note. Je lui dis :
- Et si on cachait nos dictées ?
Il me répondit :
- Non, je ne le ferai pas car à chaque fois, ma mère le découvre et je me prends une paire de claques.
- Moi, rétorquai-je, je le fais.
Pendant quinze jours, je réussis à la cacher, mais je vivais l’inquiétude. Je passais des nuits blanches. Je devins fatigué, pâle comme un linge, avec les cernes noires comme du charbon, j’étais craintif :
Ma mère s’en aperçut et s’exclama :
- Jacques, ça ne va pas, je vais prendre un rendez-vous chez le médecin.
Peu après, un mercredi, nous allâmes à son cabinet, et comme je l’avais prévu, il annonça :
- Il n’a rien, à part des petites contrariétés.
Ma mère me demanda :
- Quelles sont tes contrariétés ?
Je répondis :
- Je ne sais pas.
Quelques jours plus tard, il y eut une réunion de parents d’élèves à laquelle ma mère devait assister, le temps me parut long à jouer dehors avec mes amis, car je savais qu’elle allait, comme d’habitude, mettre de l’ordre dans mon bureau et retrouver ma copie.
Mon meilleur ami me dit :
- Tu es inquiet.
Je fis signe avec la tête que oui et eus un mouvement dans ma gorge. Une bonne heure plus tard, ma mère sortit avec les autres mamans. Je vis dans son regard qu’elle était furieuse.
De retour à la maison, elle me mit une claque et me gronda très fort :
- Pourquoi as-tu caché ce zéro, tu n’as pas honte, tu vas voir quand ton père sera au courant.
Comme elle vit que je pleurais, elle me consola. A ce moment précis, mon père entra et je dis tout encore en pleurs :
- J’ai eu un zéro que j’ai caché. Maman vient de me gronder très fort.
Mon père me dit solennellement :
- Ce n’est vraiment pas bien, mais c’est en faisant des bêtises qu’on devient très sage, je me rappelle que, quand j’avais ton âge, peut-être un peu plus vieux, j’avais fait la même chose avec un contrôle de mathématiques, j’avais eu trois sur vingt, je l’ai caché pendant trois mois, ma mère la découvert en faisant le ménage, je me suis pris dix coups de trique.
Je promis de ne plus recommencer, et comme s’il y avait eu un coup de baguette magique je redevins tout calme. A la dictée qui suivit, j’eus vingt sur vingt.
En fouillant dans les papiers de mon passé, je suis tombé sur cette copie. Il s’agit d’un travail d’expression écrite dont je ne sais pas exactement quel était le sujet. J’étais alors en cinquième. Si je n’étais pas un cancre au vrai sens du terme, j’étais un mauvais élève. C’est pour cela que la conclusion de l’histoire « Mon premier zéro » me paraît bien optimiste, pour ne pas dire mensongère.

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