Le Figaro
Paru dans le Figaro Éducation
Alain Sotto : «Remettre l’école à sa juste place»
Alain Sotto, psychosociologue et neuropédagogue, s’est spécialisé dans les stratégies d’apprentissage pour enfants et adultes. Notamment directeur de l’Association de recherches en neuropédagogie (ARN), il est l’auteur, avec la pédagogue et écrivain Varinia Oberto, de Dénouer l’échec scolaire (Desclée de Brouwer, 2004). Cet ouvrage, résultat d’une pratique de quinze ans avec des enfants précoces ou en difficulté scolaire, fonde une véritable pédagogie de la réussite. S’appuyant sur des cas concrets, les auteurs s’interrogent au travers d’un dialogue sur les principes d’une construction harmonieuse de l’intelligence.
Propos recueillis par J.D.
[06 octobre 2004]
LE FIGARO – Pour quel type de difficultés enfants et parents font-ils le plus souvent appel à vous?
Alain SOTTO – Il s’agit généralement de manque de concentration, de problèmes de méthode et de mémorisation. Les enfants sont souvent en situation de décrochage scolaire, et/ou ils font preuve d’une absence de motivation.
- Dans votre ouvrage, vous parlez de dysfonctionnements de la mémorisation dus à un héritage familial. Comment déceler les causes des difficultés scolaires ?
- Dans les cas les plus lourds, hormis une problématique sociale et culturelle, quand aucune remédiation ne produit la moindre amélioration, on regarde du côté de la relation entre parents et enfant. Là, les causes peuvent être multiples: traumatisme familial non traité, pression à la réussite, angoisse des parents qui ont eux-mêmes vécu l’école comme un échec, compétition dans la fratrie, c’est-à-dire que les parents montrent en exemple le frère ou la sœur qui réussit mieux. On se trouve souvent dans le cas où le scolaire ayant pris le pas sur la relation affective empêche l’expression de la personnalité de l’enfant.
- Vous expliquez que l’enfant échoue souvent à refaire en classe un exercice qu’il a su faire accompagné par vous ou par ses parents. Quelle solution à ce problème ?
- Souvent l’enfant cloisonne les apprentissages, il ne pense pas à une situation de réutilisation. Il a utilisé sa mémoire de travail, la mémoire à court terme, et ne s’est pas projeté dans le temps: il ne s’est pas imaginé utiliser sa leçon dans le futur, en classe, lors d’un contrôle, pour un exercice similaire ou qui utiliserait le même raisonnement ou une partie de ce raisonnement. Souvent, pour les enfants, chaque exercice est isolé. Après l’exercice, il ne se dit pas «la prochaine fois je ferai attention à…».
- Comment, dès lors, l’aider à construire sa réflexion, corriger ses erreurs, s’organiser ? Que doit-il faire pour mémoriser un cours, l’orthographe ?
- Il doit comprendre la leçon, faire des liens avec ce qu’il connaît déjà: on ne mémorise pas longtemps les éléments isolés. Il faut être capable d’expliquer la leçon avec ses propres mots. Ce sont eux qui créent le sens.
Une leçon apprise par cœur génère quelques images de sens que rien ne relie. Elles ne sont pas fiables et s’effacent très vite. L’enfant n’a alors aucune sécurité méthodologique.
La compréhension et la réflexion ne se construisent pas exclusivement à l’école. C’est une relation de longue haleine entre l’enfant et le monde. Et l’habitude de passer par la compréhension, vitale pour le scolaire, doit être prise dès l’apprentissage de la lecture. Il faut être attentif à ce que l’enfant ait une compréhension fine de ce qu’il lit et qu’il n’en garde pas uniquement des bouts de sens.
Il faut mettre l’enfant dans des situations où il a à réfléchir, trouver des pistes, des solutions, le laisser tâtonner sans lui apporter tout de suite la bonne, «l’unique» réponse.
- Existe-t-il une méthode «miracle» pour dénouer l’échec scolaire ?
- Il n’y a aucune méthode miracle, mais un moyen efficace, cependant: faire découvrir à l’enfant son propre fonctionnement, ses points forts, et le mettre en position de réussir, donc de le faire renouer avec le plaisir. C’est faire en sorte de reconstruire l’estime de soi. C’est aussi remettre l’école à sa juste place, faire en sorte qu’elle n’occupe pas tout l’espace relationnel dans la famille.
- Des aides telles que vous les proposez sont-elles compatibles avec les habituels cours de soutien scolaire ?
- L’aide est différente, pas incompatible. Notre aide se situe au-delà du scolaire. Elle ne s’arrête pas à la seule remédiation. Elle concerne la construction intellectuelle de l’enfant, elle s’intéresse à l’enfant dans tout son environnement, son rapport au monde, à la construction de sa personnalité qui est indissociable de son métier d’élève.

Commentaires récents